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Ahmed Azeroual, chef-jardinier

Discours prononcé à l'occasion de la remise le 12 septembre 2009 à Ahmed Azeroual de la distinction d'Officier de l'Ordre du Mérite Agricole par Béatrice de Andia, Chevalier des Palmes Académiques, Officier de la Légion d'Honneur et Commandeur dans l'Ordre National du Mérite.

Ahmed Azeroual, chef-jardinier de la ChatonnièreChâteau de la Chatonnière - le Jardin des SensEn décembre 1992, cœur d’un hiver rigoureux, Ahmed Azéroual, venant de Villandry, a pris son service à la Chatonnière alors qu’il n’y avait aucun jardin, que les abords du château n’étaient que trous et que bosses, que les pommiers qui cernaient le vallon avaient été arrachés par suite de la concurrence des fruits du Chili, de l’Afrique du Sud et de l’Australie, et que mon père, dégoûté par les conséquences désastreuses de la mondialisation de l’agriculture sur son verger pilote, m’avait abandonné, en 1986, la gérance d’une propriété… mais d’une propriété en déshérence…, pour laquelle il ne me suggérait aucune solution d’avenir. Aussi, de 86 à 92, me suis-je interrogée sur le devenir de la Chatonnière, domaine agricole depuis des siècles.

Pour intégrer la Chatonnière à ce siècle, vu que l’agriculture nous avait trahi, je me suis tournée vers la culture : le château, étant classé MH, est déjà un objet culturel ; les jardins à imaginer seraient à la confluence de l’architecture, de la sculpture, de la peinture et de la botanique, et le public avide de nature serait heureux que je la glorifie. Forte de mon expérience à la direction de l’Action artistique de la Ville de Paris, mon choix se porta donc sur la création d’un jardin… mais il me manquait un jardinier et ce fut Robert Carvallo qui me l’offrit en la personne d’Ahmed.

La réalisation des jardins

Ahmed Azeroual, chef-jardinier de la ChatonnièreAhmedDepuis 22 ans, au creux d’un vallon secret qui s’ouvre sur l’Indre et la forêt de Chinon, Ahmed travaille… il travaille sans cesse… De jour et de nuit, hiver comme été, il se penche avec tendresse sur les plantes, ses enfants d’adoption… Après chaque saison, chaque pluie, chaque canicule, chaque coup de vent, chaque lune ascendante ou descendante, ce magicien des plantes, mû par l’intuition et l’observation, traite, taille, bine ou arrose ! Je le vois agir tel un médecin qui parle à ses malades… Et les plantes, en bonne santé, l’écoutent, poussent où il veut, comme il veut, quand il veut.

Aussi, quel que soit l’âge et la variété des sujets, Ahmed parvient à réaliser mon rêve de paysagiste.

Fils d’un chef de l’Atlas, Ahmed Azéroual, homme bon, très bon, au cœur d’or, est devenu au fil des ans – 17 ans – mon partenaire et mon grand ami. Aussi suis-je heureuse qu’il soit honoré en ce jour de ses 60 ans !

Béatrice de Andia